Vous vous souvenez de Boileau ? “Racine Boileau De La Fontaine”… En 1674, Nicolas Boileau fait paraître “L’ Art poétique”, un poème de 1100 alexandrins. Découpé en 4 chants, ce traité pratique enseigne l’art d’écrire et la théorie poétique selon des principes qu’il respecte lui-même. 

Plusieurs de ces conseils sont tout à fait d’actualité pour qui se lance dans l’écriture ! 

Boileau, Art poétique, Chant I, v. 147-207

Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Conseil #1 – Réfléchir avant d’écrire
Que voulez-vous dire ? Quel est le message ? Quelle sera la chute ?

Surtout, qu’en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.

En vain vous me frappez d’un son mélodieux,
Si le terme est impropre, ou le tour vicieux ;
Mon esprit n’admet pour un pompeux barbarisme,
Ni d’un vers ampoulé l’orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.

Conseil #2 – Soigner le style
Éviter le remplissage et les répétitions
Utiliser les synonymes
Varier les mots de liaisons (pourtant, toutefois, en effet…)

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse ;
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d’esprit, que peu de jugement.
J’aime mieux un ruisseau qui sur la molle arène
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Conseil #3 – Écrire, écrire encore et réécrire
Comme un sportif s’entraîne…
Prendre le temps nécessaire
Se relire (voire lire à haute voix)
Se mettre à la place du lecteur 

C’est peu qu’en un ouvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d’esprit semés de temps en temps pétillent.
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;
Que le début, la fin répondent au milieu
Que d’un art délicat les pièces assorties
N’y forment qu’un seul tout de diverses parties ;
Que jamais du sujet le discours s’écartant

N’aille chercher trop loin quelque mot éclatant.

Conseil #4 – Organiser son récit
Faire un plan, un enchaînement
Connaître la fin avant de commencer à écrire

Craignez-vous pour vos vers la censure publique ? 
Soyez-vous à vous-même un sévère critique. 
L’ignorance toujours est prête à s’admirer. 
Faites-vous des amis prompts à vous censurer ; 
Qu’ils soient de vos écrits les confidents sincères, 
Et de tous vos défauts les zélés adversaires. 
Dépouillez devant eux l’arrogance d’auteur ; 
Mais sachez de l’ami discerner le flatteur : 
Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue. 
Aimez qu’on vous conseille et non pas qu’on vous loue.

Un flatteur aussitôt cherche à se récrier : 
Chaque vers qu’il entend le fait extasier. 
Tout est charmant, divin : aucun mot ne le blesse ; 
Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ; 
Il vous comble partout d’éloges fastueux : 
La vérité n’a point cet air impétueux. 

Conseil #5 – Relire et faire relire son travail
faire faire une relecture technique (orthographe, grammaire, style)
faire faire une relecture appréciation (avis éclairé)
 

Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible, 
Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible : 
Il ne pardonne point les endroits négligés, 
Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés, 
Il réprime des mots l’ambitieuse emphase ; 
Ici le sens le choque, et plus loin c’est la phrase. 
Votre construction semble un peu s’obscurcir ; 
Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir. 
C’est ainsi que vous parle un ami véritable.

Conseil #6 – Accepter les critiques